La période abstraite

Très jeune, Guy de Sauvage se révèlera passionné par l’art. Celui des grands maîtres qu’il découvre dans les musées et dans quelques ouvrages, mais aussi par celui qui naît entre ses doigts. Doué d’un sens exceptionnel de l’observation, il dessine tout ce qui l’entoure, avec une prédilection pour les châteaux des bords de la Meuse qu’il fréquentait pendant les vacances.

Il est le fils aîné de Guy de Sauvage, diplomate belge et d’Angèle Regout, issue d’une grande famille bourgeoise de Maastricht. Il aimait l’idée d’avoir été conçu « au pied des pyramides de Gizeh », un lieu chargé d’histoire et de mystères; parfait pour engendrer un artiste. Ses parents l’imaginent devenir ambassadeur ou évêque, mais Guy n’en démord pas, il sera artiste.

Chez les jésuites du collège Saint-Michel de Bruxelles, il sera plutôt bon élève, mais au prix d’énormément de travail car les études lui sont très difficiles. En revanche, les cours de dessin qu’il suit auprès de Mlle Duval passent plus facilement.

Il a 18 ans lorsque la guerre éclate. Sa très mauvaise santé – il est pulmonaire – lui épargnera le STO, mais aussi la conscription dans l’armée belge, une fois la paix revenue.

En 1945, Guy rencontre sa future épouse, Maria Immaculata Schmutzer, Imma, une Hollandaise née en 1926 à Java, aux Indes Néerlandaises.

Imma apprend la sculpture à l’académie d’Anvers. A ses côtés Guy développera son atelier de céramique et deviendra un céramiste en vue (Lire par ailleurs). Parallèlement, il reviendra progressivement à la peinture. L’époque est à l’art abstrait et l’artiste vient s’inscrire naturellement dans ce mouvement.

P 8
« Nouvelle Lune », 1956 (100 x 81).

Pendant huit années, Guy s’est consacré exclusivement à la céramique qui lui permettait de survivre,  entre des pièces utilitaires d’une grande élégance et des créations artistiques tout aussi séduisantes. Il est clair que s’il avait continué dans cette voie, il aurait vraisemblablement aujourd’hui une réputation à la hauteur de celle des plus grands céramistes contemporains.

P 11
« Murs II », 1956 (81 x 100).

Mais il n’en a pas été ainsi. Avec l’arrivée d’une relative sécurité matérielle assortie à l’assurance que lui donne sa réputation de céramiste, Guy de Sauvage veut renouer avec la peinture, son « vrai métier », finalement.

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« Ar Men », 1955 h/t (125 x 100). Au début, Guy de Sauvage donne encore des noms à ses toiles. Celle-ci est inspirée d’un voyage en Bretagne à l’occasion duquel, jeunes mariés, les Sauvage avaient été invités à embarquer sur la bateau effectuant le relève du gardien du phare d’Ar Men, sur une mer démontée. Une expérience qui les avait fortement marqués.

On retrouve dans les premières peintures abstraites de Guy de Sauvage, les formes à la fois rondes et angulaires qu’il travaillait précédemment en céramique en les incluant dans la pierre ou le ciment. Un abstrait résolument froid où les couleurs sont très nettement tranchées.

Abstrait froid
A gauche : Tiahuanaco , 1957 (130 x 89). A droite : « Le petit temple », 1956  (62 x 46).

 

Jours
« Jours », la toile avec laquelle Guy de Sauvage a obtenu en 1956, conjointement avec Serge Vandercam, le Prix Hélène-Jacquet.
P 44 et P 50
A gauche :  h/t 1958-2 (81 x 65). A droite : h/t 1958-11 (100 x 81).

Cet abstrait rigoureux va évoluer vers des formes plus fluides, aux angles adoucis qui se fondent dans une monochromie qui envahit délibérément la toile, à présent.

Aquarelles et lavis Carnet P137 ; (37x30,5)
Ensemble de petites aquarelles et lavis, de 1960.

Parallèlement aux huiles sur lesquelles il passe beaucoup de temps, pour une production d’ailleurs assez limitée, Guy aime la spontanéité de l’aquarelle.